George Washington : un président américain franc-maçon

Par Cécile Révauger, Professeur d’Etudes Anglophones à l’Université de Bordeaux

L’appartenance maçonnique de George Washington, premier président des Etats-Unis est longtemps restée sous silence, car dérangeante, dans une société puritaine, bien pensante du XVIIIème siècle. Patriote, épris de libertés dans la sphère philosophique, politique et surtout économique, mais peu enclin à prôner l’émancipation des esclaves ou les droits de l’homme, George Washington incarne pourtant tout-à-fait la maçonnerie américaine de son époque. 

On ne compte plus les ouvrages consacrés au plus célèbre des « pères fondateurs », au premier président des Etats-Unis.  En France, George Washington (1732-1799) est souvent associé au héros franco-américain, le marquis de Lafayette (1737-1834), qui a lui aussi fait couler beaucoup d’encre. Cependant, l’affiliation maçonnique de ces deux hommes n’est pas toujours connue. Dans le cas de Washington cette méconnaissance n’est pas totalement fortuite. Avant le dernier ouvrage de Dan Brown, peu d’Américains savaient que leur héros national avait été franc-maçon. Pendant longtemps les historiens américains ont voulu montrer que les pères fondateurs étaient des patriotes guidés par la volonté divine dans leur grand œuvre, or la franc-maçonnerie semblait interférer avec les croyances  religieuses : à tort, car contrairement au Grand Orient de France qui en 1877 ôta de ses constitutions l’obligation faite à ses membres de croire en « l’immortalité de l’âme » , les francs-maçons américains  ont toujours affirmé leur attachement indéfectible à la Bible et considéré comme un principe inviolable la croyance en « Dieu  en tant que Grand Architecte de l’Univers »  (c’est le « landmark » 19 dans la liste établie par Alfred Mackey qui sert de jurisprudence à tous les maçons américains). D’autre part, ce silence sur l’appartenance maçonnique du premier président s’explique par la campagne antimaçonnique sans précédent des années 1830 déclenchée par l’affaire Morgan : suite à la disparition mystérieuse de William Morgan,  un franc-maçon du Niagara qui avait émis le souhait de révéler au grand public les secrets maçonniques dans un but essentiellement lucratif,  bien qu’aucune preuve n’ait jamais pu être produite, ses « frères » furent accusés de meurtre, et un parti antimaçonnique présenta même un candidat à la présidence contre le futur président Jackson, lui aussi maçon. Par la suite les francs-maçons durent garder un profil bas tandis qu’un grand nombre d’Américains considérèrent l’initiation  de Washington comme un détail fort gênant. 

Maçon et héritier d’une plantation
La biographie du célèbre général est bien connue. Né le 11 février 1732 dans le comté de Westmorland en Virginie, George était l’ainé de six enfants,  fils du riche planteur Augustine Washington et de sa deuxième épouse, Mary Ball, également fille de planteurs. Orphelin de son père dès l’âge de onze ans, George fut élevé par sa mère et son demi frère Lawrence qui hérita de la fortune familiale. Lorsque ce dernier mourut de la tuberculose en 1752, George hérita à son tour de la propriété familiale de Mount Vernon. Or c’est précisément la même année, donc au très jeune âge de 20 ans, qu’il fut reçu franc-maçon.

 

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