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Economie : et si l'Homme reprenait la main ? Chronique FMS

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Dans le cours de ses travaux actuels, FM&S mène une réflexion globale sur le partage des richesses, incluant dans ce cadre une réflexion sur le rapport de l’Homme à l’économie et sur sa responsabilité dans la gestion de la société. Nous livrons ici une réflexion qui ne prétend pas constituer une prise de position de FM&S. 

 

L’essor du déterminisme de Laplace et le scientisme du XIXe siècle ont permis d’approcher le rêve de Leibniz : pouvoir tout expliquer et tout prévoir dans tous les domaines grâce aux mathématiques. Les sciences économiques n’échappent pas à cette tentation déterministe, surtout dans le contexte de chaos apparent des marchés.  
Depuis l’invention des mathématiques financières, les économistes pensent disposer d’outils leur permettant d’analyser les différents flux financiers, sous couvert de postulats de physique. Il est vrai que les avancées en mathématiques appliquées ont permis une meilleure compréhension des mécanismes associés aux finances et aux marchés. Par ailleurs, il est très rassurant de se fier à une formule mathématique qui permet d’estimer un risque, un gain voire une perte. Toutefois, l’économie étant un système très complexe, affirmer pouvoir prédire le futur à l’aide d’un modèle relève d’une erreur de raisonnement. En effet, un modèle n’est qu’une aide au pronostic, valable seulement dans un contexte donné. Ceci amène la question de la responsabilité du choix final : qui, de l’Homme ou du modèle doit être responsable de la décision ?
Dans cette optique, ne faudrait-il pas réfléchir à l’utilisation massive de programmes informatiques sans contrôle humain pour effectuer des transactions rapidement ? L’utilisation de ces outils, eux-mêmes issus de la recherche en mathématiques et informatique, soulève en effet une question éthique importante. S’ils permettent d’aider l’homme dans le traitement de tâches répétitives, est-il pertinent de les laisser prendre des décisions sans une validation humaine, sachant que la décision ne concernera qu’un nombre limité de variables, mais qu’elle pourra avoir des conséquences sur l’équilibre socio-économique d’une population ? Au-delà de ces considérations, l’Homme doit faire face à un choix plus profond : choisir son destin ou laisser un programme le faire pour lui.
Suite à leur interprétation des modèles et de la théorie économique néo-classique, dirigeants et institutions martèlent le message suivant : nous avons besoin de croissance, car la production de richesses serait le seul moyen d’améliorer le sort des hommes. Un problème se pose dans cette approche : un tel taux de croissance nécessite des ressources infinies. Or, les ressources disponibles sont, par définition, limitées. Le modèle économique basé sur la croissance est donc soumis à cette contrainte. La question est maintenant de savoir s’il est pertinent de perpétuer cette recherche de croissance dans ce contexte de ressources limitées.
La théorie néo-classique prédit également l’autorégulation des marchés. Ainsi, l’enrichissement de tous viendrait par le biais d’une « main invisible », similaire à celle de Karl Marx. Or, une telle opération d’arrangement spontané n’a aucun sens physique ! La manière dont s’opère la redistribution est toujours induite par un choix, quel que puisse être son mode (impôts, dividendes, investissement, etc.). Croire en cette « main invisible » relèverait de l’aveuglement idéologique, qu’il soit marxiste ou néolibéral.     
Ainsi, croyances, idéologies, doxa et, comme le montre l’actualité récente, conflits d’intérêts de politiques ou hauts fonctionnaires et surtout ingérence des puissances financières dans la décision politique constituent autant d’obstacles à la réduction des inégalités et au partage plus équitable des richesses, à l’heure où règne un sentiment de dépossession. Les dérégulations en cours font même courir le risque d’un nouveau krach. Comment limiter les effets d’une éventuelle catastrophe à venir ? 
La réponse se trouve peut-être dans le fait de permettre à l’Homme de reprendre le contrôle du système qu’il a créé. Concrètement, cela pourrait se traduire par une formation aux humanités des citoyens en général et des économistes en particulier, incluant l’enseignement de l’éthique et de la responsabilité ainsi que l’enseignement des théories économiques alternatives afin de favoriser la diversité de la pensée pour une prise de décision plus éclairée. D’ailleurs, des groupes de travail et de recherche appellent à un tel enseignement en Grande-Bretagne. 
Plus généralement, je pense, en tant que franc-maçon et citoyen, que le temps est venu d’inclure dans la formation de tous un vrai enseignement d’économie, civique, diversifié et éthique, afin que l’économie reprenne le pas sur la chrématistique*. Le fait de disposer d’un spectre large de pensée doit pouvoir ainsi donner à chacun les moyens de choisir de travailler dans le souci éthique de l’intérêt général.

Note : *La chrématistique est une notion grecque désignant la pulsion d’accumulation de biens et de richesses matérielles.

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