Si l’histoire de la franc-maçonnerie dans la capitale des Flandres est présentée ici, avec ses hauts et ses bas, l’essentiel est consacré au présent, à partir de rencontres avec des frères et des sœurs, à qui nous donnons la parole. Nous comprenons pourquoi et comment ils sont entrés en franc-maçonnerie. Ils et elles se sont confiés à nous. Nous les voyons autant que faire se peut vivre en initiés, travaillant en toute liberté au sein de leurs loges, dans des groupes qui sont parfois des cocons, entendant aussi se tourner vers l’extérieur et s’engageant dans la société, bien loin de tous les fantasmes a priori souvent véhiculés sur l’ordre maçonnique.
Diverse, la franc-maçonnerie ? Oui, au point qu’on parle parfois de franc-maçonneries. Mais, à Lille, on intègre vite une caractéristique sans doute particulière à l’échelle de notre pays : tout en cultivant leurs spécificités, nées de l’Histoire, les loges des diverses obédiences non seulement se respectent et cohabitent, mais très souvent se retrouvent, travaillent ensemble, et la solidarité n’est pas un vain mot. Solidarité aussi à l’intérieur des loges, comme le déclare en patois un frère : « Ichi, quand y n’a un qui s’inrhume, tertous y toussent. », qu’on peut traduire et interpréter ainsi… « Ici, quand un frère s’enrhume, tous ses frères (ou sœurs) toussent ». Un voyage en Flandres qui réserve bien des surprises.
Donnons tout d’abord la parole à un spécialiste de l’histoire maçonnique locale, Daniel Morfouace, qui a publié en 1993 un livre important sur la grande loge du Grand Orient La Lumière du Nord. La ville de Lille a-t-elle une histoire maçonnique ? Il en est convaincu : « Il y a une vraie présence de la franc-maçonnerie dès le XVIIIe siècle, et pas simplement au niveau politique. Elle constitue alors un foyer intellectuel, on constate un engouement pour la maçonnerie, en 15-20 ans les loges se multiplient, elles ne sont pas énormes, mais elles fonctionnent. E

