La sélection littéraire du n94

Essai
Histoire du drapeau de France et d’ailleurs 
De Bertrand Galimard Flavigny
Éditions Perrin
294 pages – 23 €

Dès les premières pages, ce livre incite à la réflexion, par quelques citations mises en exergue, contradictoires à l’envi. Ainsi, celle de Paul Claudel : « Il n’y a que deux choses à faire avec un drapeau ; ou le brandir à bout de bras, ou le serrer avec passion contre son cœur. » Ou celle de Gustave Flaubert : « Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de m… qu’il est temps de n’en plus avoir du tout. » Certes, au fil des pages, on constate que l’auteur est bien plus proche de Claudel que de Flaubert ! Son livre nous fait tout d’abord remonter dans l’histoire de notre pays, à partir de ce qui constitue un signe de ralliement, bien sûr dans les batailles, tout en protégeant symboliquement les troupes. Puis, au fil des siècles, ce morceau de tissu incarne une nation. Pour se limiter à la France, nous voyons comment les trois couleurs de notre drapeau s’imposent peu à peu, mais le chemin a été long. Cet essai se termine par quelques développements sur d’autres pays : Grande-Bretagne, Belgique, États-Unis, etc., tout en s’intéressant à d’autres drapeaux, plus politiques, qu’ils soient noirs ou rouges… L’érudition est de règle dans cet essai, riche aussi de nombreuses anecdotes, puisant ses développements aux meilleures sources. Certes, des lecteurs pourront regimber devant certains développements de l’auteur, et notamment ses derniers mots (« tout drapeau est sacré »), mais l’ensemble ne laisse pas indifférent, se lit avec grand intérêt, et nous amène à réfléchir plus largement sur les notions d’état et de nation. Noël Delomel

Essai
La naissance du savoir
De Nicolas Martin
Éditions Les Arènes
400 pages – 24,90 €

Sous-titré « Dans la tête des grands scientifiques », cet ouvrage reproduit des entretiens inédits entre l’auteur, animateur pendant plusieurs années de l’émission « La méthode scientifique » sur France Culture, et 17 scientifiques reconnus, bardés de diplômes et de récompenses : physiciens, chimistes, biologistes, mathématiciens, linguistes, climatologues, etc. À chacune et chacun, il a posé les mêmes questions : de l’apparition de leur vocation à l’élaboration et l’organisation de leur pensée. Ces hommes et ces femmes se livrent sans fard et nous comprenons comment, dans leur domaine spécifique, ils ont pu défricher un espace souvent vierge de savoir et comment s’organisent les conditions favorables à l’émergence d’idées nouvelles. Au fil des pages, les questions se multiplient : comment ils réagissent quand ils se heurtent à un obstacle, la recherche est-elle source de souffrance pour eux ? Et tant d’autres, ainsi : leur vie de recherche finit-elle par transformer leur vision du monde ? Et, en allant plus loin encore, sont-ils des êtres humains comme les autres, c’est-à-dire comme nous, vulgum pecus ? Le lecteur fait son miel de leurs réponses, et lui-même se pose de nombreuses questions. Embarquons-nous avec Nicolas Martin dans la Naissance du savoir… Un beau et fructueux voyage nous attend. Un peu ardu, il faut le reconnaître, mais l’enrichissement personnel est garanti.

Bande dessinée
Le nom de la rose
De Milo Manara et Umberto Eco 
Éditions Glénat
72 pages – 17,50 €

Le nom de la rose… Titre mythique d’Umberto Eco. Ce roman, publié en 1980 a connu un succès planétaire… 50 millions de ventes à travers le monde, dit-on ! 6 ans plus tard, Jean-Jacques Annaud a réalisé un film tout aussi somptueux et magique, avec dans le rôle principal un Sean Connery magnétique à souhait. Il y a plus, maintenant, et du lourd, du très lourd. Ce mois-ci (le 20 septembre) sort en librairie la version en bande dessinée de ce chef-d’œuvre (c’est le seul mot qui convienne…) dû à Manara, dessinateur italien à l’œuvre multiforme, entre bande dessinée érotique (qui a oublié Le Déclic en 1983 ?) et volumes réalisés avec Fellini, Almodovar et son ami Hugo Pratt. L’histoire est connue, impossible de l’oublier… Ces morts dans une abbaye bénédictine, presque une forteresse, avec une bibliothèque à la structure labyrinthique mystérieuse à souhait. Un scriptorium aussi, où les manuscrits sont recopiés et enluminés. Le franciscain Guillaume de Baskerville, ancien inquisiteur, mène l’enquête. Certains ont vu dans ce roman un « polar médiéval », certes. Mais il y a plus… Une quête initiatique autour de cette bibliothèque, une réflexion sur l’âme humaine, la misère sexuelle, les jalousies, la haine, les hérésies. Suivant au plus près le texte d’Eco, Manara ne lâche pas le lecteur un seul instant : il est happé, envoûté. Captivé aussi par ce dessin à la fois sobre (les vues du monastère) et d’une grande richesse (l’auteur n’a pas hésité à créer ses propres enluminures dans des pages hallucinantes et apocalyptiques). Le pari est magnifiquement gagné. « Au commencement était le verbe », ces mots sont connus. Maintenant, tout commence par le dessin de Manara ! À quand le second volume ? Noël Delomel

Essai
Qui est régulier ?
Le pur maçonnisme sous le régime des Grandes Loges inauguré en 1717
De Oswald Wirth
Les éditions de la Tarente
150 pages – 20 €

La question de la régularité est encore aujourd’hui, il faut bien le dire une préoccupation de certains maçons. Le thème n’a rien de nouveau. Oswald Wirth, figure éminente de la franc-maçonnerie du tournant du XXe siècle, auteur du « best-seller » en trois volumes La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, qui redonne toute sa place au symbole dans le travail maçonnique s’était déjà attaqué à cet épineux problème. Rien n’est en effet simple dans le landerneau maçonnique. Wirth développe son point de vue et aborde tour à tour la religion, ce qu’il appelle l’Unité spirituelle, les bases intellectuelles de la franc-maçonnerie, la croyance au Grand Architecte, mais aussi les méfaits du gouvernementalisme maçonnique. Le lecteur appréciera le style direct et sans langue de bois de l’auteur, ainsi quand il déclare : « Ne sommes-nous qu’une pauvre association d’accomplisseurs de cérémonies, groupés en Loges tenant leur légitimité d’une charte octroyée par une Grande-Loge, dont la régularité native est de pure convention ? » Mais alors que l’on peut dire de certains textes qu’ils n’ont pas pris une ride, l’historien Roger Dachez n’est pas de cet avis. Il nous livre son analyse pas à pas. C’est tout l’intérêt de cette réédition qui permet de prendre du recul par rapport à un texte, fruit de son époque. 

Et aussi…
La franc-maçonnerie de Tradition, une fraternité pour notre temps
Numéro spécial
Revue de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française
Éditions Numérilivre

Maçonnerie : comment passer du profane au sacré ?
De Solange Sudarskis
Éditions Dervy

 

 

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Le 29 Juin 2024 de 09:00 à 19:00

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