Société
Hugues Sidersky

Interview : Hugues Sidersky, Souverain Grand Commandeur de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal

Le 20 janvier 2024, l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal célèbre les cinquante ans de sa fondation. L’occasion nous est donnée de faire la lumière sur cette structure, plutôt discrète dans le paysage maçonnique, et qui compte près de 1300 membres répartis dans une centaine de loges. Entretien avec Hugues Sidersky, Souverain Grand Commandeur de l’OITAR.
Propos recueillis par Hélène Cuny

Hélène Cuny : Pouvez-vous nous rappeler le contexte de la création de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal (OITAR) ?
Hugues Sidersky : Il faut essayer de se représenter l’époque pour bien comprendre la genèse de l’OITAR. Nous étions au début des années 70 et d’aucuns déploraient au sein du Grand Orient de France une certaine forme de laxisme dans la pratique des rituels. Plus exactement, la dimension symbolique avait été mise de côté au profit des questions sociétales. Une poignée d’hommes entendait renouer avec une forme de tradition. Parmi eux, citons Jacques de La Personne, qui deviendra l’instigateur du projet de création de l’OITAR, Daniel Ribes, considéré comme la cheville ouvrière des débuts de l’Ordre et Daniel Beresniak, le théoricien du rituel. Tous les trois étaient membres de la loge Les Hommes du Grand Orient de France. C’est au sein de cette loge, à la vie trépidante, qu’ils vont dans un premier temps expérimenter le Rite Opératif de Salomon, impulsant de nombreux remaniements au gré de leurs réflexions et pratiques. Ces trois hommes étaient des idéalistes, vivant à plein régime le bouillonnement intellectuel de ce début de décennie, marquée par le rejet des carcans. C’est pourquoi, dans une démarche qui peut sembler paradoxale, ils souhaitaient conjuguer tradition et modernité. La mixité était par exemple pour eux une évidence. Le projet de création de l’OITAR s’est ensuite concrétisé avec l’allumage des feux de la loge Les Fondateurs le 20 janvier 1974.

HC : Quelle est la spécificité de l’Ordre ? Qu’ont voulu les pionniers ?
HS : L’OITAR a été pensé pour n’accueillir en son sein qu’un seul rite : le Rite Opératif de Salomon dont la progression s’effectue en neuf degrés. Le fil conducteur de l’Ordre, sa raison d’être se situe dans notre rite. C’est sans doute la caractéristique majeure de l’OITAR, qui le distingue des autres obédiences. La dimension spirituelle est très présente dans notre pratique, cependant, l’OITAR n’impose pas la croyance en dieu, et se veut donc adogmatique et libéral. Autre point, nous privilégions l’expression orale, c’est-à-dire sans lecture de texte, lors de la présentation de nos travaux dont le contenu est exclusivement symbolique et initiatique. Cela favorise de notre point de vue l’expression personnelle et confère à nos tenues une dimension bien particulière ! Soulignons aussi, dans la veine des fondateurs, qu’il n’y a pas un poids fort de la structure. Nos loges sont souveraines et peuvent être masculines, féminines ou mixtes. 

HC : Arrêtons-nous sur le Rite Opératif de Salomon. Est-il très différent du Rite Émulation, qui privilégie aussi l’oralité ?
HS : Cela n’a rien à voir en effet. Le Rite Opératif de Salomon est dans son essence plus proche du Rite Français que du Rite Émulation, même si nous avons en commun avec ce dernier une tradition orale. Comme je le disais en préambule, les fondateurs étaient au départ membres du Grand Orient de France et pratiquaient le Rite Français. Ce dernier a constitué leur référence et leur base de travail. Y a été adjoint, entre autres, le symbolisme du compagnonnage dans une version plus opérative. Je ne peux tout détailler ici, mais « l’outil » dans notre rite tient une place très importante, tangible. Lors de l’ouverture des travaux, alors que dans d’autres rituels un tapis de loge est juste déroulé, nos apprentis doivent y déposer et y installer les « outils-symboles ». Autre exemple, le passage au grade de compagnon s’effectue en différentes séquences espacées dans le temps et nécessite d’avoir effectué « un tour » avec présentation d’un chef d’œuvre – une réalisation concrète – aux membres de l’atelier, à l’instar des Compagnons du Tour de France. Le tracé et la géométrie, autre ajout, prennent tout leur sens dans une telle approche.

HC : Comment s’organise le recrutement de nouveaux membres ?  
HS : Les candidats à l’initiation ne sont pas soumis à des enquêtes, mais nous organisons ce que nous appelons des « galeries ». Il s’agit de réunions à visage découvert entre les membres de la loge et les candidats potentiels, encadrées au début et à la fin par un rituel miniature. C’est donc une rencontre qui s’effectue en toute transparence et qui ne donne pas lieu à un compte-rendu. Nos nouveaux membres nous rejoignent essentiellement par cooptation, mais peuvent venir spontanément en nous contactant via notre site Internet. Aujourd’hui l’OITAR compte une centaine de loges en France, aux Antilles, sur l’île de la Réunion, au Canada, à Madagascar et en Belgique.

HC : Parlons enfin de cet anniversaire à venir le 20 janvier prochain. Que prévoyez-vous ?
HS : Les festivités débuteront à Marseille au Château saint Antoine en présence des représentants des diverses obédiences, avec lesquelles nous avons entretenu dès notre fondation de bonnes relations. Deux tenues seront organisées qui nous permettront de faire le point sur ce qu’est devenu notre Ordre, de dresser un panorama de son évolution au niveau du rite comme au niveau de la structure. Cette journée sera surtout dédiée aux échanges et à la convivialité. Pour l’occasion, bien sûr, nous préparons un livre, que nous avons souhaité original avec des cartes mentales. Nous prévoyons de diffuser aussi des archives vocales des pionniers. Les festivités se poursuivront toute l’année sur nos différents territoires. Des interviews sur des radios locales sont déjà prévues, ainsi qu’une grande fête solsticiale en juin. Tout cela suscite beaucoup d’enthousiasme chez nos membres. C’est une manière pour nous de perpétuer l’esprit des fondateurs, de resserrer nos liens et d’envisager l’avenir sereinement.

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