Tradition

Pourquoi certains tabliers maçonniques ont des rosettes ?

1. The free-masons surpriz'd or the secret discover'd, 1754. On distingue une différence de couleur entre les officiers en rouge et les frères en bleu. 2. Médaille commémorative de 1744 de la loge The Three Golden Jeys de Halle.

Affirmer que l’on ne connaît pas la date précise d’apparition d’une habitude est la marque de prudence des passionnés d’Histoire courageux qui se mettent à couvert derrière le doute.  

 

Toutefois, afin de savoir pourquoi des rosettes sont parfois présentes sur les tabliers maçonniques d’aucuns vous répondraient que la Grande Loge Unie d’Angleterre instaura cette pratique sur les tabliers de Compagnon et de Maître en 1815. D’autres vous signaleraient que, bien avant, la présence de rosettes était attestée dans le domaine militaire sur le ruban de médailles, comme celles d’Officier de l’Ordre de la Légion d’honneur instaurée en 1802 en France en reconnaissance de services civiques ou militaires exceptionnels. La rosette ou cocarde est depuis des siècles un ornement permettant de distinguer les pays ou factions tout autant qu’une distinction. En France, nous connaissons la cocarde tricolore républicaine, mais il existait aussi une cocarde blanche pour la monarchie. En Angleterre, la cocarde était noire et partout en Europe, on retrouvait ce symbole remontant à l’Antiquité. 

Certains iraient toutefois hasarder que dans les iconographies de tabliers britanniques antérieures, des tabliers présentaient un trou sur la partie médiane supérieure. Ceci pouvant alors être un rappel d’un usage de rabattre un coin du tablier inférieur vers le haut pour indiquer le grade. Un bouton se trouvant alors en bas à droite et en bas à gauche pour que les deux côtés puissent être rabattus alternativement pour indiquer tantôt le grade de compagnon, tantôt celui de maître. Ou bien alors, ce trou sur la partie centrale de la bavette permettait à celle-ci d’être relevée et attachée à un bouton de l’habit, comme illustré sur The free-masons surpriz'd or the secret discover'd de 1754 (voir illustration) ou bien dans The Pocket Companion And History Of Free-Masons de la même année. De là viendrait le rappel de cette habitude des rosettes.  

Remarquons toutefois qu’en 1744, des médailles germaniques en argent et en bronze de la Loge The Three Golden Keys frappées à l’occasion de la première célébration de la St Jean* montrent les fameuses rosettes. Comment donc expliquer la présence de ces rosettes sur des tabliers germaniques du milieu du XVIIIe siècle ? Mystère absolu. Mais notons qu’avant 1815, la forme et les ornementations des tabliers n’étaient pas réglementées de manière uniforme par les Grandes Loges. Chaque maître pouvait décorer son tablier comme il le souhaitait, ce qui continua d’ailleurs en dehors de la zone d’influence britannique directe. Peut-être faut-il voir dans ces rosettes un aspect pratique ? En effet, la maçonnerie anglaise ne connaît pas de supériorité de grades, mais des ordres complémentaires. Chaque Ordre pouvant ainsi avoir des couleurs différentes pour s’identifier plus facilement. Les tabliers et les rosettes distinguant ainsi les frères selon les grades de chaque Ordre. Parfois les raisons les plus simples sont les plus probables… 

 

* Médailles recensées dans The medals of the masonic fraternity described and illustrated de William T. R. Martin et dont un exemplaire est conservé au musée de la franc-maçonnerie du Worcestershire  

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