Tradition

Sur la piste des Écossais Fidèles

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Les signataires du Diplôme : Du Mège et Borel

Probable rémanence des origines de la Maçonnerie, l’Écosse, les Écossais et les Stuarts occupent une place de choix dans l’imaginaire maçonnique. On ne compte plus les chartes, les patentes, les ateliers ou les grades qui leur ont été attribués au XVIIIe siècle ; attributions presque toutes fausses – ou rêvées – quand on les soumet à des investigations historiques rigoureuses. Nous avions consacré une chronique (FM Mag n° 55, avril-mai 2017, p. 36-37) à la patente, celle-ci bien réelle, finalement accordée par Charles-Edouard Stuart aux adeptes suédois de la Stricte Observance Templière en 1783. Nous voudrions évoquer ici un curieux rite pratiqué jadis à Toulouse : le Rite des Écossais Fidèles ou de la Vieille Bru. La présence stuartiste aux origines de la Maçonnerie toulousaine étant bien documentée, ce rattachement aurait-il un début de réalité ?

En 1815, Claude Antoine Thory explique dans ses fameux Acta Latamorum que : « le Rite de la Vieille-Bru a été établi dans cette ville, en l’année 1747, par C. Ed. Stuart, en reconnaissance du bon accueil que Sir Samuel Lockard, son aide de camp, avait reçu des Maçons de Toulouse ». Voilà une histoire qui commence comme une belle légende maçonnique… sauf qu’il y a bien eu à Toulouse, au milieu du XVIIIe siècle, une petite communauté jacobite autour du comte de Barnewall et que celui-ci a été le fondateur de la première loge de la ville en 1741. De surcroît, la chronique locale rapporte le séjour, vers 1750, d’un jeune jacobite du nom de « Loquard ». Les Écossais Fidèles seraient-ils une survivance de cette affinité stuartiste – si ce n’est strictement écossaise, les Barnewall étant pairs d’Irlande – des Maçons toulousains ? C’est possible, au XVIIIe siècle, « anglais » veut dire britannique et « écossais » signifie probablement « stuartiste ».
Thory donne quelques détails sur l’échelle de grades des Écossais Fidèles sous l’Empire à partir, écrit-il, d’une note que lui a fait passer un de leurs dignitaires « M. Borel, de Toulouse ». « Ce Rite se compose de neuf grades divisés en trois Chapitres. Les quatre premiers, degrés comprennent la Maçonnerie symbolique, et forment le premier Chapitre. Le second se compose des initiés aux quatre grades qui suivent les premiers et comprennent ce qu’on appelle, dans ce Régime, la Maçonnerie des Croisades. Le troisième Chapitre est formé de ceux qui ont été admis au neuvième et dernier degré, ou dans les secrets de la Maçonnerie scientifique. Ces trois Chapitres réunis prennent le nom de Consistoire. Ce Rite est administré par un conseil dit des Menatzchim » (Inspecteurs des travaux du Temple dans la Bible, voir II Chroniques II, 17). Même si la curieuse et inexpliquée expression de Vieille Bru vient faire une sorte d’écho à « Jeune Prétendant » (le surnom de Charles Edouard Stuart), on est là bien loin des sources stuartistes du milieu du XVIIIe siècle ! Les Frères toulousains ont greffé sur ce souvenir un système de « grades écossais » classiques... typique de la Maçonnerie française de cette époque. Mais une difficulté subsiste, comme le souligne Michel Taillefer, l’historien de la Maçonnerie toulousaine, Thory est la source unique sur ce Rite des Écossais Fidèles ou de la Vieille Bru. Quand on lit attentivement les autres auteurs, on constate qu’ils ne font que paraphraser Thory.

Une variante toulousaine du Rite Écossais Philosophique
C’est dire l’intérêt des deux documents récemment découverts dont nous voudrions maintenant faire état. Le premier est une copie de rituel conservée dans le fonds Kloss du Grand Orient des Pays-Bas (dont on oublie souvent qu’il est en fait la collection d’un Frère parisien passionné de rituels : Étienne Lerouge, 1766-1833). Sous le titre Rite des Écossais Fidèles ou de la Vieille Bru, le manuscrit comprend des discours de l’orateur pour les trois premiers grades et un rituel de Parfait Architecte. À la lecture de ces textes on reconnaît le style et les idées de la Maçonnerie du Premier Empire : évocation des mystères de l’Antiquité, éloge de la morale et de la vertu, etc. Le second document s’avère être la seule pièce originale et authentique témoignant de l’existence du Rite. Elle est conservée aux Archives de l’Aude à Carcassonne dans les papiers du baron Peyrusse. Il s’agit d’un diplôme de « Chevalier de l’Aigle sous le titre de prince d’Hersalaïm » (Jérusalem ?) – une version « hébraïsée » du classique Rose-Croix ? – accordé le 24 mars 1813 au Frère « Rives ancien ». Il émane du Conseil des Menatzchim, Souverain Tribunal Chef d’Ordre du Rite des Écossais Fidèles ou de la Vieille Bru. Il est signé des Frères Jean-Jacques Borel, l’auteur de la note à Thory, et Alexandre Du Mège. Ceux-ci se présentent comme Menatzhim Grands Inspecteurs Commandeurs. Le papier à en-tête du diplôme est celui du Rite Écossais Philosophique toulousain. Tous ces éléments convergent pour suggérer que – s’il y a eu une Maçonnerie stuartiste à Toulouse au milieu du XVIIIe siècle – les Écossais Fidèles dont nous parle Thory sont très probablement, à partir de ce souvenir, une production de plus de cet infatigable créateur de rites que fut Alexandre Du Mège. Ils constituent alors une sorte de variante, ou de complément, au Rite Écossais Philosophique toulousain.

 

Pour aller plus loin :
Michel Taillefer, « Les Écossais Fidèles ou la Vieille Bru (1747) », dans La Franc-maçonnerie toulousaine : 1741-1799, Paris, 1984, p. 68-75.

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