Tradition

Vénérable Maître ou Très Vénérable ?

Détail gravure Gabanon - Musée de la franc-maçonnerie

Pourquoi parle-t-on de Vénérable Maître pour désigner le Maître qui dirige la loge au Rite Français, alors qu’il conviendrait de s’adresser à lui en tant que « Très Vénérable » ? 

Tout était pourtant clair au début. Dans les premiers textes écossais, on trouve simplement la mention « Master Mason » pour désigner le Maître de la loge. Les maçons sont alors des « worthy masons » (des maçons dignes). Les choses se compliquent un peu en Irlande où quelque temps plus tard apparaît l’expression « worshipfull masters » dans le manuscrit Dumfries (circa 1710) pour désigner les Maîtres. Le mot « Worship » étant un dérivé du vieil anglais « worchyppe » ou « worchyp » qui, selon l’Oxford dictionary signifie « Montrer du respect pour Dieu ou un dieu, notamment en récitant des prières, en chantant, etc. avec d’autres personnes dans un édifice religieux. » Mais cela peut aussi signifier « aimer et admirer quelqu’un au point de ne pas voir ses défauts ». 
Imaginez l’embarras des maçons français du XVIIIe siècle lorsqu’ils eurent à traduire « worshipfull master », « worshipfull grand master », « most worshipfull grand master ». La divulgation du préfet Hérault de 1737 en témoigne, parlant tour à tour de Vénérable Grand Maître et de Grand Maître. Le terme « Très Vénérable » apparaît quant à lui en 1744 sous la plume de Travenol, sans trop qu’on sache pourquoi, puisque dans le même texte l’auteur précise « Le maître, que l’on appelle le Vénérable ». 
En 1745 le terme « Très Vénérable » apparaît dans un autre texte pour désigner le Grand Maître de chaque pays qui a été nommé par Londres pour délivrer « aux Maîtres qui président aux assemblées particulières, des lettres patentes qu’on appelle Constitution. Ces présidents particuliers sont appelés simplement Vénérables. » Précisant aussi « Quoi que toutes les Assemblées des Francs-Maçons soient appelées Loges, ce nom est cependant plus particulièrement attribué à celles qui ont un Vénérable nommé par le Grand Maître ». Le Très Vénérable est alors le Grand Maître d’un pays. Mais alors, de quand date l’apparition du « Vénérable Maître » ? Il apparaît en 1745 dans Le Sceau rompu, où l’on retrouve aussi bien l’appellation « Vénérable » que « Vénérable Maître ». À noter que c’est dans ce texte quE le terme « Très Vénérable » est mentionné pour désigner le Vénérable au 3e grade. Les Surveillants sont alors appelés « Vénérables Surveillants ». Il faudra alors attendre les rituels de la Première Grande Loge de France pour que les Surveillants s’adressent au Vénérable en tant que Très Vénérable. Alors, tout est clair pour vous maintenant ?

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Retrouvez également cet article sur notre magazine n° Magazine N98

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